Par Dr. Franck Ondoua Ekonglo
On dit souvent que voyager, c’est découvrir de nouveaux paysages. Mais pour moi, voyager, c’est avant tout rencontrer une mémoire. Au Cameroun, pays aux mille visages, cette mémoire est plus vivante que jamais.
À travers ce Carnet, je vous invite à une exploration différente, celle qui unit deux mondes que l’on sépare trop souvent : l’histoire rigoureuse et le tourisme d’immersion. Non pas le tourisme de la carte postale, mais celui qui transforme le visiteur en témoin vivant d’une civilisation. Un tourisme culturel ancré dans la réalité des peuples de la forêt camerounaise.
L’appel de la forêt
Mon propre voyage a commencé au cœur de la forêt tropicale du Cameroun, dans un lieu dont le nom seul dit tout : Afan-Oyoa, « la forêt qui dort ». C’est là, sous la canopée dense de la Région du Centre Cameroun, que le silence impose le respect et que chaque bruissement semble murmurer les noms de souverains anciens. Une forêt qui dort, oui mais qui n’a jamais cessé de rêver. J’ai compris, au fil de mes recherches doctorales et de mes séjours de terrain, que ces sentiers ombragés ne sont pas que de la végétation : ce sont des archives à ciel ouvert, des témoins qui détiennent une part de notre patrimoine culturel camerounais et qui attendent, patiemment, d’être transmis.
Les peuples de la forêt : Baka, Bulu, Fang, Beti et tant d’autres, ont construit des systèmes politiques, des philosophies du pouvoir et des relations au territoire d’une richesse extraordinaire. Pourtant, leurs récits restent largement absents des circuits touristiques au Cameroun, confinés dans les archives universitaires ou dans la mémoire des anciens.
Pourquoi l’Histoire ?
Parce qu’une chute d’eau, un village ou un arbre centenaire ne sont pas seulement des décors naturels. Ce sont des archives vivantes. Sans l’histoire, le voyage au Cameroun reste à la surface des choses, beau certes, mais creux. Avec elle, chaque lieu devient une expérience, chaque rencontre une leçon, chaque paysage un récit.
En tant qu’historien spécialisé en histoire de l’Afrique centrale, j’ai consacré des années à exhumer ces récits enfouis : les chefferies traditionnelles qui ont résisté à la colonisation, les souverains dont les noms ne figurent dans aucun manuel scolaire, les rituels qui encodent des siècles de sagesse collective. Ce travail académique, je veux aujourd’hui le mettre au service d’un tourisme responsable en Afrique, plus juste, plus profond et plus respectueux des peuples qui en sont les héritiers.
Ma vision : un tourisme de sens
Mon ambition avec Ossananga & Souverains est de vous accompagner dans une quête de sens au cœur du patrimoine immatériel du Cameroun :
Redonner une voix aux figures historiques oubliées, ces souverains de la forêt dont la grandeur n’a rien à envier aux royaumes célébrés dans les livres d’histoire.
Décoder le patrimoine pour qu’il ne soit plus un mystère réservé aux spécialistes, mais une émotion accessible à tout voyageur curieux désireux de vivre un tourisme culturel authentique.
Valoriser les cultures forestières en montrant que chaque forêt a une épopée à raconter, chaque village une mémoire à préserver, chaque chefferie une leçon de gouvernance à transmettre.
Construire un écotourisme durable au Cameroun, qui place les communautés locales au cœur de l’expérience touristique plutôt qu’en simple décor.
Ce carnet est le vôtre autant que le mien
Vous y trouverez des articles historiques, des portraits de souverains oubliés des peuples de la forêt, des réflexions sur le tourisme culturel en Afrique centrale et des récits de terrain. Vous y trouverez aussi, progressivement, des propositions de circuits touristiques au Cameroun pour ceux qui souhaitent vivre cette histoire de l’intérieur.
Car le plus beau des voyages n’est pas celui qui nous emmène le plus loin, c’est celui qui nous ramène à nos racines, et qui nous donne enfin les mots pour les comprendre.
Bienvenue dans le Carnet d’Ossananga.
Dr. Franck Ondoua Ekonglo est historien-chercheur et expert en tourisme culturel



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